Le témoignage d’un prisonnier qui traduit les conditions carcérales en RDC !

source: rfi.fr
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Nelson Mandela a dit : « Les conditions carcérales dans un pays traduit aussi le niveau de développement et politique d’un pays… ». Je pense qu'il avait raison.
Je me suis intéressé à cette frange de la population laissée pour compte dans notre société, à savoir les prisonniers, dont on pense qu’ils ne peuvent pas bénéficier de conditions acceptables. Le témoignage repris ici utilise un nom d’emprunt, mais l’histoire reste vraie dans sa totalité.
Comment et pourquoi avez-vous été arrêté cher James ?
J’étais aide-chauffeur dans un grand véhicule de transport pour le compte d’un commerçant, qui faisait la ligne Kinshasa-Kananga. Un jour, on s’est retrouvé sans sous durant le voyage, et on devrait faire louer le pneu à un transporteur qui faisait aussi la même ligne que nous. Le contrat de location était fait en pleine brousse car il était dans le besoin, et cela se passe ainsi pour tout transporteur qui est dans le besoin. Quand il a eu le pneu, nous avons informé notre propriétaire et il devait récupérer l’argent à Kinshasa, chose qui a été faite. Entre temps, nous avons eu une panne et sommes venus jusque dans la ville de Kikwit, où nous avons trouvé la possibilité d’atteindre Kinshasa après un si long séjour.
Mais, jusque là, tu ne m’as pas dit pourquoi et comment tu t’es retrouvé en prison?
Oui, j’arrive ! Quand nous sommes rentrés à Kinshasa avec le véhicule, nous avons laissé le travail étant donné que ce n’était plus rentable, nous n’avons pas été payé durant le temps passé dans la brousse avec le véhicule, et surtout que le véhicule était en panne. Ainsi, je me suis donné la peine de trouve un autre boulot.
Les jours sont passés (quelques mois environ). Un jour d’avant midi, je me promenais quand l’un des amis ma informé que notre patron , le propriétaire du véhicule me chercher pour me faire arrêter, pour la simple raison que nous avions abandonné son véhicule et avons fait louer un pneu sans autorisation, et qu'il n’a pas récupéré son argent. Pourtant, il nous avait rassuré qu’il avait récupéré son argent (c’est la réponse que j’ai donné à l’ami qui m’avait donné l’information).
Ainsi, je lui ai répondu, je ne pouvais pas fuir car je n’avais pas volé ni commis un crime pour être arrêté. En bref, c’est notre patron, propriétaire du véhicule qui nous a fait arrêter en utilisant les services de Bureau 2.
C’est ce service qui m’arrêta et m’a amené jusqu’au cachot de CIRCO, où sont incarcérés les criminels. Pourtant, je n’étais pas criminel et je n’avais rien volé ni fait de semblable. C’est alors que je me suis trouvé au cachot de CIRCO. Chose étonnante, au cachot, j’ai aperçu le gérant et l’autre membre de l’équipage qui ont été arrêté quelque temps avant moi.
Eux, ils sont sortis de la prison deux mois après et je suis resté là bas durant 4 ans et quelques mois.

CIRCO, c’est un cachot pour les malfrats et les personnes qui ont commis des délits graves, comment tu t’es retrouvé là bas ?
Comme je t’ai dit, quand les agents de bureau 2 m’ont arrêté, ils m’ont amené directement au CIRCO. Là j’ai passé 2 jours, et le deuxième jour, quand le commandant est arrivé le matin, il a demandé au corps de garde la raison de notre arrestation et où était le plaignant ? Et il a ajouté qu'il ne voulait pas nous voir là bas, car le dossier pour lequel nous avons a été amené là est une affaire civile qui méritait d’être résolue ailleurs.
Le même jour, nous avons été transférés au parquet de la Gombe, et cela, sans plaignant. Après 48 heures, comme le plaignant ne se présentait toujours pas, nous nous sommes retrouvés avec le gérant, dans la prison centrale de MAKALA, actuelle CPRK (Centre Pénitentiaire et de Rééducation de Kinshasa).
Combien de temps es-tu resté à la prison centrale de MAKALA et quels souvenirs retiens-tu de ton passage par là ? Et enfin, peux-tu essayer de nous décrire la situation carcérale d’un prisonnier ?
En prison, j’y ai passé près de 4 ans et demi, dans des conditions misérables et pénibles. La prison n’est pas une bonne chose. Le prisonnier vit dans une situation exécrable ; il dort par terre, il ne mange pas bien, et il n’a pas de temps d’apprendre. Par exemple dans le pavillon 11 où j’étais, je suis tombé malade de la Tuberculose à cause des mauvaises conditions, heureusement, les gens de la Croix Rouge avec leur organisation, m’ont aidé et traité, ce qui a fait que je sois encore en vie, sinon, j’allais mourir en prison.
Pour la nourriture, notre nourriture était constituée essentiellement du maïs mélangé au haricot préparé dans un fût avec de l’eau et du sel. Si t’as un peu d’argent, tu peux acheter quelque chose de mieux, surtout quand tu as de la visite. Dans mon cas, comme j’étais élu Échevin (chef d’un groupe dans notre local), c’est moi qui surveillait la distribution de la nourriture.
Pour le logement, les prisonniers sont entassés dans un petit local ; le nombre peut atteindre jusqu’à 100 personnes. Un nouveau prisonnier n’a que quelques centimètres pour dormir. Il est difficile d’être en bonne santé en prison. On ne sort pas souvent, quand on est au début, on ne peut sortir qu’après 3 à 6 mois de détention.
Les difficultés du prisonnier congolais se résument dans ses droits de défense, dans les soins de santé, dans l’alimentation, son logement et sa réinsertion dans la société après des longs moments passés en prison.
Comment tu t’es retrouvé dehors ? Par les lois d’amnistie ou pour avoir accompli la période exigée de condamnation ?
C’est par concours de circonstances et la volonté de ma famille que je me suis retrouvé dehors. Depuis que j’ai été arrêté, je n’ai jamais été jugé ni condamné. Pendant 4 ans passés en prison, je suis toujours resté « détenu » sans jugement ni condamnation. Même les mesures présidentielles ne nous concernaient pas.
Mais, dans mon billet de sortie, on a écrit comme motif "abus de confiance". Je remercie le bon Dieu qu’il m’ait gardé encore en vie.
Quel est ton mot de la fin ?
Mon mot de la fin, je plaide pour l’amélioration des conditions de détention des prisonniers en termes d’alimentation, de soins de santé, conditions de logement et de divertissement. Mais également, tel que j’ai compris, plus de la moitié des prisonniers sont des prévenus et n’ont jamais été jugés ni condamnés. Donc, ce n’est pas bon pour un pays. L’Etat de prison traduit aussi la qualité de vie des populations d’un pays qui se veut respectueux.
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Aimé Kazika a partagé la publication de Debriefing Média Channel.